Michèle
Gilles est une artiste peintre aquarelliste professionnelle en France. Elle estautodidacte. Elle
est également une infatigable militante qui lutte sur tous les fronts pour plusieurs causes justes et nobles.
Elle est née en Provence dans une péniche
amarrée sur les berges d'un fleuve, à la Penne sur Huveaune, dans les Alpes-Maritimes. Son enfance fut difficile. Elle
ne connut pas son père et sa mère se donna la mort par pendaison. Placée dans une famille de Chartres, sa vie fut un cauchemar, de jour
comme de nuit : elle était la proie facile des aînés de la famille et, pour échapper à leurs
assiduités, elle allait souvent se réfugier dans le poulailler. Ensuite, elle connut les brimades et le désespoir dans un pensionnat de jeunes filles. Après son Certificat d'Etudes Primaires,
elle intégra le monde du travail à 15 ans, puis se maria. Mille métiers, mille misères.
Malgré toutes ces
difficultés, Michèle demeure toujours souriante et amoureuse de la vie. Fluide, vraie, généreuse, rebelle et entière, Michèle ne laisse
point de place à la routine et au désespoir dans sa vie. Lutter, faire du sport, s’occuper de sa famille et de sa fille adoptive d’origine algérienne, peindre, organiser des soirées,
préparer ses expos, répondre à ses emails et lettres à temps,… sont autant d’activités qu’elle effectue au quotidien et elle arbore toujours ce joli sourire contagieux à toutes les personnes
qu’elle rencontre dans sa ville, à Lannion, en Bretagne.
Elle a accepté avec plaisir de répondre aux questions
de LNC. Elle nous parle de ses passions, de ses combats pour les causes humanitaires, de l’Algérie où elle vécut pendant plusieurs années … Ecoutons-la.
Michèle Gilles, vous êtes une artiste peintre aquarelliste, qu'est-ce que c'est au
fait ?
Je travaille avec l'eau, je laisse fuser les pigments dans l'eau et
je travaille énormément les détails des sujets que je réalise. Des heures de travail et de patience pour des résultats toujours inespérés. Je peins toute la nature, tout ce qui est beau et me
touche.
Outre les expositions que vous organisez habituellement, y a-t-il un
projet spécifique que vous entreprenez de réaliser à court terme ?
Oui, bien sûr. Il s’agit de la réalisation d'une fresque dans un
hôpital ; tout le service pédiatrique rénové que je dois illustrer sur les murs blancs pour les enfants malades.
Vous êtes aussi militante des sans papiers. Que faites-vous pour aider ces étrangers en
situation irrégulière et dans quel cadre ?
Je fais partie du collectif des sans papiers de Lannion en Bretagne.
Je lutte pour que des hommes, des femmes qui s'aiment puissent s'unir et vivre en paix en France. Pour que des enfants retrouvent leur père exilé dans son pays alors que la maman et les enfants
sont ici à espérer ce papa qui vit seul au pays. Je lutte pour que la terre soit une et unique sans frontières parce que Dieu -je crois que Dieu est le même pour tous, Dieu est Dieu et
unique quel que soit le nom que les hommes lui donne- et Dieu a voulu cette terre simple, bonne et nourricière pour tous et non pour les riches, les nantis et ceux qui croient que la terre leur
appartient parce qu'ils ont la chance d'être nés du bon coté dans un pays riche et prospère.
Je lutte parce que j'aime les gens, tous les gens, les femmes mes
sœurs et les peuples et que chacun mérite le meilleur de la vie.
Je crois que tout le monde a le droit de vivre, de circuler, de
penser, de s'exprimer et d'être respecté qu'il soit riche ou pauvre, blanc ou noir, petit ou grand, homme, femme ou enfant…
Vous avez vécu pendant plusieurs années en Algérie, quels souvenirs gardez-vous de cette
période-là ?
J’ai en effet vécu en permanence en Algérie du mois de juin 1974
jusqu'au début de l'année 1978, à Vieux-Kouba dans une maison dont le propriétaire et sa famille nombreuse étaient originaires de Kabylie. Vers la fin de l’an 1978, je suis partie définitivement
en pleurant dans l'avion qui me ramenait en France.
Des souvenirs de ce beau et bon pays, j’en ai plein la tête. Au
départ, j'ai eu du mal à m'habituer aux pénuries de l’époque concernant l'alimentation, je venais d'un pays où les magasins regorgent de victuailles de tous les pays et là, je faisais des files
d'attente incroyables pour deux kilogrammes de pommes de terre ! (rire)
J'ai appris à parler arabe très vite pour être au milieu du peuple,
comprendre, partager tout, c'était important.
J'ai aimé mes ami(e)s, mes relations diverses et variées et un homme
aussi...
Est-ce que vous êtes revenus en Algérie depuis ?
Oui, mais peu de temps et toujours avec autant de
plaisir.
Aujourd’hui, souhaitez-vous revisiter notre pays et y exposer tes
œuvres ?
Oui, je vais revenir, c'est certain et peut-être très vite puisque
j'ai des propositions sérieuses.
Mais il n'est pas simple aujourd'hui de circuler entre la France et
l'Algérie, j'aimais quand je pouvais sur un coup de coeur aller du jour au lendemain retrouver mes ami(e)s juste quelques jours pour le bonheur de se revoir et de passer un bon
moment.
Vous avez aussi été chanteuse ?
Pas chanteuse, mais j'ai fait "la voix" pour accompagner des
chanteurs italiens, par hasard pour remplacer une personne absente et par jeu ensuite car c'était très agréable.
Vous avez connu plusieurs personnalités de renom et surtout des chanteurs et hommes
politiques, pourriez-vous nous en citer quelques-uns ?
Je suis socialiste et à ce titre j'ai côtoyé beaucoup d'hommes et de
femmes aujourd'hui connus du monde entier. Mais je ne tiens pas forcément à faire référence à cela car c'est naturel chez nous de se rencontrer,
d'échanger, sans pour autant se prévaloir de quoi que ce soit. J'admire et j'aime Michel Rocard, Ségolène Royal et bien d'autres personnalités.
Je connais beaucoup de chanteurs et chanteuses mais également
beaucoup d'artistes puisque je le suis moi-même, c'est naturel et pas forcément une référence. J'ai également rencontré des artistes algériens connus aujourd'hui. Mais je ne m'autorise pas à les
citer sans demander leur avis. Je les aime, je les écoute, c'est bon de les avoir connus.
On retrouve sur votre site officiel des cartes virtuelles dans plusieurs langues, dont le
tamazight et l'arabe, qu'est-ce qui vous a motivée à le faire ?
Je suis une inconditionnelle des peuples berbère et arabe, j'ai un
amour, un profond respect pour ces pays, ces peuples, ces traditions et cette belle culture qui doit vivre et survivre au delà de tout.
Un mot pour conclure ?
Je ne suis pas née en Algérie, mais l'Algérie est aussi mon pays
juste parce que je l'aime, que j'aime son peuple, mes ami(e)s et que j'aimerais pouvoir y aller, circuler, vivre aussi librement qu'en France parce que je ne fais pas de différence entre nos
pays.
J'ai adopté une enfant qui est de ce pays, je l'ai adoptée en France
mais elle porte tous les gènes, toute cette beauté qui vient de ce beau pays. Elle danse des danses orientales, chante et aime ce beau pays que je lui enseigne et où je vais la conduire un jour
prochain pour qu'elle découvre ses racines.
En gros, je vous aime pour ce que vous êtes, tel que vous êtes et
vous avez apporté dans ma vie le soleil et le bonheur.
Entretien réalisé par Karim KHERBOUCHE
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