Dimanche 23 novembre 2008
Frais, pétillants et gais, les Lions d’Akbou méritent bien leur place parmi les étoiles scintillantes du rock’n’roll du pays. Ils ont sans doute marqué d’une empreinte indélébile le paysage artistique kabyle en osant un parfait mariage entre le rock, à la manière de Mark Knofler, et la langue de Mammeri. Présentement, bien que ce groupe produise peu mais bien, on écoute leurs chansons plusieurs fois et toujours avec le même plaisir, on les passe et repasse à la radio et les auditeurs ne cessent de les réclamer.

S’il y a un public qui en connaissent un bout, c’est bien celui des campus universitaires où ils se produisent dans des salles archicombles et il ne faut pas attendre plus d’une chanson pour voir les étudiants debout en train de taper dans les mains, crier et acclamer Aman n tayri (la source de l’amour), Zahr-iw (mon destin), Aderghal (le non-voyant), etc., et continuer à chanter tous seuls même quand l’artiste omis un passage de l’une de ses chansons !

Nous nous sommes approchés du chanteur du groupe Hamid Babouri qui a accepté de répondre à nos questions.

Parlez-nous de vos début dans la chanson ?

Hamid Babouri  : J’ai découvert la musique dès ma tendre enfance. La première cassette que

j’ai pu avoir et écouter fut l’une des cassettes du King Elvis Presley dont je tombai amoureux et ce, même si je ne comprenais pas bien ce qu’il disait. J’ai été envoûté par ses sonorités, son rythme, sa voix et ses jeux de guitare.

Dans les années 80, il y avait une formation akboucienne dont deux membres m’étaient des proches parents. C’était le premier groupe Lions et avec eux j’ai eu un coup de cœur pour la musique et la guitare électrique particulièrement. Ce groupe faisait beaucoup plus de l’imitation et animait des soirées mondaines. A un certain moment, pour cause de lassitude peut-être, les membres qui le composaient « ont dû battre en retraite ».

En 1989, avons décidé de reprendre le flambeau. J’ai contacté Salim Lahlou, le bassiste du groupe. Ensuite, Lamine, notre batteur, qui venait de France nous a rejoint. D’autres élément nous ont également renforcé, comme Mouloud Salhi, le gérant du groupe.

Au départ, nous n’avions pas l’intention de produire quelque chose de propre au groupe. On faisait presque uniquement des reprises des Dire Straits. Lors d’un gala à Sidi-Aich (Béjaia) où nous étions prévus avec le fameux groupe Inasliyen. Mais ce groupe n’était pas en grand complet. Alors que nous chantions sur scène, nous ne sommes rendus compte de la présence de grand chanteur du groupe Inasliyen, Rabah. Celui-ci demanda à voir le soliste du groupe. Il me félicita et me conseilla vivement d’œuvrer dans ce style. Il m’a dit : la chanson kabyle manque de ce genre de chansons, j’aurais aimé que ce que vous faites en Anglais, vous le ferez en Kabyle. Quelques temps plus tard, nous avons retrouvé Rabah lors d’un gala à Ighzer Amokrane où il exigea notre participation. C’est ainsi que Lions a démarré.

C’est plutôt les Dire Straits qui vous vont mieux qu’Elvis, n’est-ce pas ?

Je suis en effet un inconditionnel du rock des Dire Straits. Toutefois, je vous fais une confidence : Mark Knofler, le leader des Dire Straits, lui-même est fan d’Elvis auquel il rend un vibrant hommage dans l’une de ses chansons. Je ne prétends pas me comparer à ce guitariste et chanteur géant, mais je crois qu’il y a la touche d’Elvis dans ce que nous faisons tous les deux.

Vos débuts étaient un succès, vous étiez assez médiatisés et, puis, tout à coup, vous vous êtes éclipsés, à quoi est-ce dû ?

Par respect à ceux qui nous écoutent, je ne peux produire une œuvre sans l’avoir suffisamment bien travaillée. Le but n’est pas de pondre des albums chaque année, mais de faire quelque chose de bon qui puisse plaire et le demeurer le plus longtemps possible. Nous avons du neuf mais il est encore au stade de gestation.

Ceci dit, nous nous sommes pas complètement éclipsé, nous nous produisons quand nous sommes sollicités. C’est surtout aux universités que nous nous produisons le plus, car c’est un cadre qui nous est adéquat. J’adore chanter pour les étudiants, car avec eux, avec tout le respect que je dois aux autres mélomanes, nous avons l’impression que notre produit est apprécié à sa juste valeur. A la fac, nous chantons pour nous faire plaisir et, partant, pour faire plaisir à notre public.

Vous parlez tellement doucement qu’on a du mal à vous entendre et au même temps vous chanter du rock, n’est-ce pas antinomique ?

(Rire). C’est ma nature. De plus, mes chansons sont pour la plupart des berceuses. Comme par hasard, Mark Knofler a le même problème, il chante avec du matériel d’amplification de son haut de gamme, parce que ses chansons requièrent une voix gutturale, ce qui est difficile à réaliser en élevant la voix. Ma voix est naturellement ainsi faite. De plus, je suis incapable de chanter et de jouer de la guitare au même temps, je ne peux me concentrer sur les deux à la fois.

Qu’avez-vous à dire en guise de mot de la fin ?

Merci à vous et bonne chance !

                                                                Propos recueillis par Karim KHERBOUCHE

Par Damia - Publié dans : Parole aux artistes ! - Communauté : peace hope unity
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Dimanche 23 novembre 2008
Si en Algérie, son pays, elle demeure presque inconnue, plusieurs pays du monde l’ont découverte et adoptée. Bien que toujours insatisfaite, l’artiste peintre Zohra LACAL, après des années de travail sans relâche, d’études, de voyages à travers le monde, parfois de galères, etc., a bien fait du chemin.

Outre sa peinture qui se définit comme celle de l’espérance, à entendre le récit de sa vie, on se rend compte que nous sommes en face d’une vraie légende vivante. Elle présente du 2 au 4 mars, ses tableaux à la Galerie librairie Impressions (98, Rue Quincampoix, Paris) à côté de l’exposition photos de deux photographes. Elle se livre à Kabyle.com. Ecoutons-la il y a tellement de choses à découvrir chez elle !

Zohra, parlez-nous d’abord de cette exposition ?

"Entre Laos et Vietnam" est une exposition avec deux autres photographes, des amis. Sam Sisombat, laotien, révélé la majesté, l’harmonie et la beauté des paysages et des monuments de son pays. Véronique Wlody capte des visages d’enfants à jamais marqués par des produits chimiques durant la guerre. Leurs regards si personnels, si sensibles et si uniques me bouleversent et me font voyager à la fois. Mes tableaux traduisent un instantané d’une journée ordinaire au Vietnam, celle de la vie bouillonnante qui déferle à chaque coin de rue. Notre trio est complémentaire. L’exposition sera présentée à la Galerie Impression du 2 février au 4 mars prochain (98 rue Quinc ampoix - 75003 Paris). Etienne, grand voyageur, a ouvert sa galerie afin de partager sa passion pour l’Asie.

Comment étaient les débuts de votre carrière artistique ?

Comme ma vie, un parcours avec des déviations, des renonciations, parfois des sacrifices. De 83 à 93, ma vie fut partagée entre un bureau le jour et des cours de peintures les soirs, week-end, vacances et les voyages initiatiques dans des musées d’Europe. Entre 87 et 97, j’ai oscillé entre travail et peinture, revenant vers un emploi classique quand mon comte en banque était à sec. Ma rencontre en 93, avec des artistes vietnamiens (dont Trinh Cong Son et Tran Long An) fut déterminante. Ils m’ont convaincu de les rejoindre à Saigon pour vivre pleinement mon art. Je me suis donc installée 5 ans, peignant au départ des voitures et cyclos du film "l’amant". Après 8 mois, j’ai dû retravailler. C’est seulement en 97 que j’ai définitivement abandonné le chemin de "l’usine" pour emprunter celui de l’atelier. L’aventure continue à ce jour.

A cette époque, croyiez-vous devenir un jour peintre professionnelle ?

Jusqu’au Vietnam, je dessinais ou peignais a cote d’une poubelle ou finissaient immanquablement mes travaux. En 96, je peignais un personnage central du tableau, une femme de 2m de hauteur. Je l’ai commence debout sur une chaise pour l’achever allongée par terre, d’un trait, sans recul ni lever le pinceau de la toile. La révélation m’est venue alors que mes genoux étaient encore a terre. Quelque chose de puissant, comm e un message divin, ce genre de chose qu’on voit dans les films. Vous êtes dans le brouillard total et un faisceau lumineux venu du ciel vous éclaire de l’extérieur puis de l’intérieur. Difficile à expliquer, il faut le vivre pour comprendre. Depuis cette date, la Foi ne m’a jamais quitte et c’est justement cela qui me rend si tenace face aux embûches de la vie, si confiante quand mon horizon est sous l’emprise des tempêtes. Malgré cela, j’ai continue a détruire mon travail, le lacérant au cutter, le jettent, le donnant ou le brûlant. En 97, tout s’est enchaîné très vite, commande d’un cabinet d’avocats anglais, exposition en Indonésie, autres commandes et expositions au Vietnam, en Thaïlande et en France. Neuf ans après, je n’en reviens toujours pas d’y etre parvenue. Mais le trac me colle a la peau encore ; la destruction des oeuvres se raréfie.

Faites-vous autre chose en dehors de la peinture ?

Avant, beaucoup de choses, cinéma, modelages, décors, robes, bijoux, marionnettes, sport... L’art est versatile, la création une curiosité intense sans frontière. Mais peindre en professionnel est un VRAI TRAVAIL a temps plein. Il faut monter les toiles, créer, démarcher les galeries, salons et clients potentiels, s’informer, communiquer etc. Hormis mon nomadisme qui m’a amène a vivre dans différents pays, a prendre le t emps de les visiter et a essayer de les comprendre, je travaille tous les jours, parfois 16 heures d’affilées et pour l’exposition de Jakarta, 20 heures par jour. Difficile de m’arracher a l’atelier. Le peu de temps qui me reste est consacre a la famille, aux amis, a leurs concerts ou expositions. Mais parfois, je les oublie comme je m’oublie car la peinture m’obsede. Cet ete, j’ai travaille avec un metteur en scène italien, Fulvio Ianneo, sur sa pièce "moi femme immigrée".

Avez-vous un moment et un lieu de prédilection où vous prenez votre inspiration ?

L’inspiration surgit de nul part et de partout, sans cesse. Seul le temps me manque. En ce moment, j’ai envie de peindre le désert algérien, les paysages indonésiens, les souvenirs de Thaïlande, des portraits, des livres et des nus mais je dois préparer mon exposition sur le Vietnam. Quand le mental est bon, l’inspiration est infinie.

Zohra, vous êtes née au Vietnam d’un père algérien et d’une mère Vietnamienne, pouvez-vous nous raconter l’histoire de votre famille ?

Mon père était soldat dans l’armée française depuis l’age de 16 ans. Apres l’Allemagne, il a été envoyé au Vietnam pendant l’Indochine qu’il a déserté pour rejoindre Ho Chi Minh (comme certains soldats d’origine maghrébine, africaine et même française). A l’indépendance, il a rencontré ma mère, ancienne combattante, originaire du Nord. Mon père a appris sa langue, ses coutumes et sa cuisine ; Il est devenu un vrai Vietnamien. Il a exerce différents métiers, fait du cinéma - 10 ans. Quand la guerre américaine est devenue inévitable, il a décidé de rejoindre son pays pour éviter de vivre une troisième guerre. Nous sommes partis fin 64, en trai n, sur le légendaire Orient-Express, de Hanoi en passant par la Chine, la Russie, la Roumanie, la Bulgarie et l’Albanie ou le gouvernement algérien a affrété un avion pour nous rapatrier. Fin 72, ma famille a rejoint la France, par bateau. Je ne suis revenue en Algérie qu’en décembre 90.

Quels sont les souvenirs qui vous reviennent de votre enfance algérienne ?

Des souvenirs douloureux li es au décès de mon père. Des champs de coquelicots à perte de vue, de mon grand père algérien qui me préparait une figue de barbarie, de sa patience et de mon empressement. Des vergers a n’en plus finir, des forets, des lacs, des animaux sauvages, des fleurs, des odeurs, des jeux et de la liberté qu’on peut avoir a cet age. De mon coup de foudre pour le dessin. De ma première tempête de neige, d’inondation, d’une pompe d’essence en feu. Des fêtes, de la nourriture, de la salle de cinéma de Boufarik qui passait des westerns américains, des 4 kilomètres bordes d’orangers qui menaient à l’école. De tous les rêves construits à cette époque. Certaines chansons me trottent encore dans la tête.

Parmi vos expositions, pouvez-vous nous d ire quelle a été celle qui vous a le plus marquée ?

Les premières sont toujours les plus marquantes. Aujourd’hui, c’est la similitude du contexte avec celle de Bangkok qui m’interpelle. Il y a un engouement incroyable, une énergie puissante qui traverse les frontières pour me porter en avant. Mon exposition au Château de Bangkok était surprenante par la générosité des communautés étrangères présentes et des thaïlandais. D’illustres inconnus. Ce qui m’a profondément émue tient de la bienveillance, de leur amitié, de leur soutien, de leur encouragement. Que ma passion - si personnelle - puisse les toucher aussi me semble incroyable.

Quels sont vos projets ?

Trouver d’autres galeries pour mes futures expositions ici ou ailleurs, peindre, voyager et rever. Rêver car tout commence par un rêve.

Si vous étiez née à une autre époque, laquelle choisiriez-vous ? Un voyage vers le futur, en 2106 pour le plaisir de rencontrer les descendants de ma famille et ceux de mes amis, vérifier la valeur de l’art d’aujourd’hui, voir comment le monde fonctionnera a cette époque, vérifier que la limonade coulera bien a flot dans les fontaines, que la teleportation sera au service des voyageurs, que la PAIX régnera dans le monde, que les frontières seront anéanties comme la misère et les maladies. Et un retour dans le passe avec Picasso, Egon Schelle, tous les impressionnistes, travailler a leur cote, apprendre d’eux, dire a Paul Gauguin combien nos parcours sont similaires ; allers vers Leonard de Vinci et lui d emander ses secrets, remonter le temps jusqu’a Botticelli et voler sa technique de transparence... Quand cette machine sera t-elle prête ? A y penser, j’irai bien tailler la route avec Jack London, arracher des flammes le tome 2 "des ames mortes" de Gogol, flirter avec Mozart et me disputer avec Rodin.

Quel est votre livre de chevet ?

Michel Abax, André-Pierre D iriken, Fulvio Caccia, Nicolas Chemla, Kawabata, Inoue, London, Rilk, Wilde, Faulkner, Borges... et le Dalai Lama pour la philosophie bouddhiste. Des années durant, je dormais avec 6/8 livres dans mon lit et des piles a lire sur les 2 cotes. La littérature est une grande source d’inspiration comme les voyages, les rencontres et la méditation.

Citez-nous quelques tableaux parmi ceux que vous avez accrochés aux murs de votre maison ? Seules les toiles en cours de séchage sont exposées, par terre. Une seule sur le chevalet. Le vide m’inspir e et m’oblige à avancer. Ce qui est fait ne m’intéresse plus. C’est ce qui reste à peindre qui me dynamise.

Un mot de la fin avant de se quitter ?

L’amour est un choix délibéré. Ce qui m’a toujours touchée, depuis toujours, c’est l’amour fraternel, universel. La générosité du coeur, ce sésame désarmant qui ouvre les portes et abat les fronti ères. C’est grâce a tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à la réussite de mon rêve que je peux continuer à peindre aujourd’hui. Car si peindre est un plaisir évident, c’est aussi une lutte acharnée pour vivre, survivre plutôt et durer dans le temps. Les réactions des algériens après la parution de vos articles précédents m’ont profondément touchée. Beaucoup de messages d’encouragement. Cela m’a émue. Merci à tous. L’un d’eux, Youcef, m’a remercié de ne pas renier mes origines. Non seulement je ne les renie pas, mais je les proclame ! Zohra est mon nom d’artiste peintre, celui de ma naissance. Je suis Vietnamienne - Algerienne - Francaise et - Citoyenne du Monde !

                                                                                                  Entretien réalisé par Karim Kherbouche

Par Damia - Publié dans : Parole aux artistes ! - Communauté : peace hope unity
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Dimanche 23 novembre 2008
Quand Mohamed Iguerbouchen est né, le 19 novembre 1907, à Ait-Ouchen, au pied du mont Tamgout, dans la région d’azzefoun (Wilaya de Tizi-Ouzou), la Kabylie se débattait dans la misère et la pauvreté. L’insurrection de cette région contre l’envahisseur en 1871, l’a mise dans le collimateur du colonialisme français qui a décidé de la réduire à néant. Les populations ayant survécu aux génocide et déportations n’avaient point de choix que celui de s’exiler massivement vers des cieux plus cléments. C’est donc dans ce contexte historique difficile qu’est venu au monde Mohamed Iguerbouchene.


De la flûte du petit berger aux concerts du square Bresson

Mohamed est l’aîné des quatorze enfants de Said Ben Akli et de Ouacik Fatma. Il est entré à l’école d’Aghrib à l’âge de six ans où il était élève du fameux instituteur Janin. Le petit berger qui passait le plus fort de son temps à jouer des airs du terroir avec sa flûte en bois, prenait les études à cœur. En plus de l’enseignement de la langue française et de l’éducation, Janin disputait à ses élèves quelques notions de musique. D’ailleurs, ce fameux instituteur a constitué avec quelques-uns de ses élèves une fanfare qui s’est produite à Paris dans le cadre d’un défilé officiel. Les cours de Janin se sont interrompus très tôt pour Mohamed Iguerbouchen, car sa famille, pour des raisons que nous avons explicitées plus haut, a dû quitté Ait-Ouchen pour s’installer à Alger, à la Casbah. Les Iguerbouchen se sont tout de suite liés une relation amicale avec le comte anglais, Fraser Roth qui tenait un commerce mitoyen à leur demeure.

Le petit Mohamed a alors rejoint l’école de Sidi-Mhemmed de la Casbah. Ce changement d’école n’a pas perturbé le fils d’Ait-Ouchen qui a continué à briller dans les études et à perpétuer son amour pour la musique duquel il ne pouvait se départir. «  C’est sous les préaux de l’école où résonnait des voix cristallines et enthousiastes que je sentais naître ma vocation. Souvent, je fuyais ma charmante compagnie pour me recueillir à l’écart et siffloter, tout à mon aise, les bribes de phrases musicales, glanées au cours de mes excursions sentimentales dans les concerts publiques », se confiait-il.

En effet, le gamin qui s’est vite habitué à la vie citadine se rendait souvent au square Bresson, à Alger, où il assistait à cœur joie aux concerts qui se donnaient trois fois par semaine. En plus de la flûte, Iguerbouchen a appris vite à jouer du piano et le solfège. Sa surprenante mémoire lui permettait de rejouer des airs qu’il n’a entendus qu’une ou deux fois.

Fraser Roth, le protecteur

En 1919, Iguerbouchen était âgé de 12 ans. Le comte Roth, riche et puissant lord, était subjugué par l’extraordinaire mémoire musicale de cette enfant qui jouait de la flûte à côté du lieu où il tenait son commerce. Il proposera alors à son père de l’emmener parfaire ses études en Angleterre. L’accord donné, Fraser Roth a inscrit Mohamed au Norton Collège, ensuite à l’Academy Royal of Music de Londres où il a reçu l’enseignement du célèbre professeur Levingston. En 1924, il est entré au Conservatoire supérieur de Vienne où il a suivi les cours du rénovateur de la musique classique autrichienne, Alfred Grünfeld. Au génie d’Iguerbouchene, se sont ajoutées la volonté et la chance qu’il avait de rencontrer des hommes comme Roth.

Signalons qu’après sa mort, Fraser Roth a légué sa maison de maître sise à Cherchell, à Mohamed Iguerbouchene.

Sous les feux de la rampe

Le triomphe est venu tôt dans la vie d’Iguerbouchen. En plus des études qu’il faisait un peu partout en Europe, Mohamed composait des musiques. A l’âge de 17 ans déjà, le 11 juin 1925, il se retrouve sous les feux de la rampe au Lac Constance à Bregenz de l’Etat libre de Bâle, en Autriche, où il présente son premier concert devant un public autrichien séduit par ses œuvres d’inspiration algérienne, comme Kabylia Rapsodie n°9 et Arabic rapsodie n°7. Suite à quoi, il a obtenu le premier prix de composition et le premier prix d’instrumentation et du piano. Depuis, Iguerbouchene n’a pas cessé de composer et de se produire dans les endroits les plus prestigieux du monde et sa popularité, notamment en Angleterre, allait crescendo.

« Lorsque j’écris des musiques, je suis dans un tel état de surexcitation que j’ai de la fièvre. Il m’arrive même de pleurer », avouait-il.

Dans les années 1920, Iguerbouchen était parmi les rarissimes algériens à étudier la musique occidentale. En 1937, il a reçu, lors d’une réception, son diplôme d’honneur comme membre définitif de la Société des auteurs compositeurs de la SACEM. 

Un artiste prolifique aux œuvres atemporelles et universelles

Outre les deux rapsodies que nous avons citées ci-dessus, Iguerbouchen a écrit plus de 160 autres rapsodies toutes d’inspirations de l’héritage algérien. En 1928, il a composé la musique du film Aziza de Mohamed Zinet et 1937, il a co-signé avec Vincent Scotto la musique du film Pépé le Moko de Jean Gabin et J. Duvivier. Ensuite, il a composé pour bon nombre d’autres films, tels que Les Plongeurs du désert et Cirta de Tahar Hennache, ainsi que Le Palais Solitaire qui relate la vie dans le grand désert, L’Homme bleu qui est un film sur la vie des Touareg.

Par ailleurs, Iguerbouchen a présenté des émissions radiophoniques en langue kabyle, sauvant ainsi de l’oubli bien des chanteurs et chants amazighs. Quelques-unes de ces émissions radiophoniques existent encore dans les archives de l’INA (Institut national de l’audiovisuel) avec d’autres émissions télévisuelles. La télévision française et la Bibliothèque de France disposent dans leurs archives des œuvres de ce monument de la musique universelle. Une partie de son œuvre est également archivée dans sa maison de Bouzeréah, mais l’accès y encore interdit par sa famille.

Près de 600 œuvres de ce musicologue sont aujourd’hui éparpillées à travers le monde et incomplètement répertoriées.

« Iguerbouchene est le seul en son temps qui ait réussi à faire s’interpréter les différentes cultures africaine, arabe et occidentale qu’il maîtrisait tout à la fois  », témoigne son ami Mohamed Yala.

Le polyglotte

Iguerbouchen s’exprimait couramment dans 18 langues dont le Russe et le Japonais. Il a effectué plusieurs voyages à travers l’Europe pour se former tout en continuant à composer. En France, à l’école normale des langues orientales de Paris où il était élève du profeseur Destaing, vers la fin des années 1920, il a étudié sa langue maternelle et ancestrale, le Berbère, dans ses variantes tamachaqt, tachaouit et tachelhit. Il a ensuite poursuivi son voyage en Allemagne, Italie où il a étudié les langues, le Latin, la philosophie, etc.

Iguerbouchen, l’homme libre

L’affection qu’éprouvait Iguerbouchen pour le chanteur Farid Ali pour qui il a composé la musique du fameux chant patriotique « A yemma âzizen ur ttru », est suffisamment éloquente pour nous renseigner de l’amour que vouait ce "Beethoven" kabyle pour son pays et la liberté. Son attachement à ses racines ancestrales n’est pas à démontrer dans la mesure où il a consacré tout un pan de sa vie pour sa langue et sa culture et à enrichir le patrimoine musical de son pays tout en s’inscrivant dans l’universalité.

Par ailleurs, les patriotards ethnocentriques européens d’alors avaient du mal a admettre le phénomène Iguerbouchen. A défaut de pouvoir l’éliminer physiquement, ils ont tenté de déformer son nom en Igor Bouchen pour le faire passer pour un quelqu’un d’autre qu’un Kabyle. En 1944, pendant la Seconde guerre mondiale, Iguerbouchen est même suspecté de collaboration avec les Allemands, les Boshes. Si ce n’était son statut de sujet anglais et d’idole de bien d’Européens, il aurait sans doute été exécuté.

Les amis d’Iguerbouchen

Le fils d’Ait-Ouchen recevait souvent sa grande amie Edith Piaf chez lui à la rue Saint-Didier. Outre cette diva de la chanson française (dont la grand-mère est d’origine kabyle), les amis d’Iguerbouchen se comptaient parmi les grands de ce monde : on cite entre autres, Taos Amrouche, Albert Camus, Farid Ali, Cheikh Nourredine, Emmanuel Robles, Georges Auric, Vincent Scotto, Max Derrieux, Salim Hellali, Amar El-Hasnaoui, Kamel Abdelwahab et le poète hindou Robindranath Tagore.

Iguerbouchen a collaboré avec une pléiade d’artistes algériens et nord-africains qu’il a aidés à se lancer, à l’image de Rachid Ksentini, Ahmed Agoumi, Mohamed El Kamel, Salim Hallali, Farid Sifaoui, Soraya Naguib et j’en passe.

La légende oubliée

En 1956, le musicologue universaliste est rentré au pays pour se consacrer, à Alger, aux émissions radiophoniques sur les musiques amazighe, arabe et occidentale et ce, jusqu’à sa mort dans l’anonymat survenue le 21 août 1966 des suites du diabète.

A l’indépendance, l’Algérie officielle a, toute honte bue, tourné le dos à ce grand monsieur qui est la fierté de tout un peuple. Cette Algérie qui a préféré nous gaver de culture orientale d’une laideur artistique nauséabonde. Aujourd’hui, n’est-ce pas le moment pour cette Algérie officielle de le réhabiliter dans toute sa grandeur ? N’est-ce pas le moment de voir ses œuvres éditer pour que les Algériens que nous sommes puissions enfin profiter de l’héritage légué par ce maestro ? En tout cas, l’espoir est permis.

N-B. Cette évocation de Mohamed Iguebouchen ne prétend pas être exhaustive, toute contribution pour son enrichissement serait la bienvenue.

                                                                                                                           Par Karim Kherbouche

Par Damia - Publié dans : Potrait d'un artiste - Communauté : peace hope unity
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Lundi 10 novembre 2008

Dotée d’une voix à la douceur exquise, Tinhinan est une jeune chanteuse digne de respect et d’admiration. Elle est surtout connue du mouvement associatif et elle a reçu nombre de distinctions honorifiques lors des concours musicaux. Nous l’avons rencontrée et elle a bien voulu répondre à nos questions.  

Pour commencer, qui est Tinhinan ? 
-
Tinhinan, Tina pour les intimes, est une jeune chanteuse kabyle et lycéenne qui va sur ses dix-neuf printemps. Tout enfant que j’étais, douée d’une superbe oreille musicale, j’apprenais vite des chansons en kabyle et même dans des langues que je ne connaissais pas encore. A l’époque, ma sœur qui chantait dans une chorale de la maison de jeunes d’Akbou m’a proposé d’intégrer sa troupe. Ce que j’ai fait. Quelques années plus tard, ma famille s’est installée à Ighzer Amokrane où j’ai intégré une autre chorale de la maison de jeunes. Accompagnée de trois musiciens, je me suis produite en solo à l’occasion d’un hommage rendu à Aarav Awzellag. Franchement, je ne m’attendais pas à ce que les choses aillent si vite pour moi!

Ensuite, tu as participé à bon nombre de concours musicaux et tu as été maintes fois  décorée… 
-
En effet, j’ai obtenu plusieurs prix. A titre d’exemple, moi et ma troupe Tina, nous avons obtenu la première place lors d’un concours à Souk El Tenin qui a vu la participation de 29 maisons de jeunes ! J’ai décroché également le premier prix de musique moderne lors d’un concours organisé par l’Etoile culturelle d’Akbou à l’occasion du festival de la Soummam dédié à Mohamed Iguerbouchene, etc.

Tu as sans doute plein de beaux souvenirs à partager avec nous, n’est-ce pas ?
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Ma foi ! Ma prestation lors du festival dédié à Iguerbouchene, le mois de juillet 2005 à Bgayet, restera gravée à jamais dans ma mémoire : les ovations du public, les sollicitations des médias, et j’en passe, c’était tant magique et émouvant que je me sentais incapable de gérer tout cela. C’est mon meilleur souvenir ! Pourtant, au début, j’avais un trac fou !

Quelles sont tes influences musicales ?
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J’aime d’abord tout ce qui est chanson kabyle. Je cite la légendaire Nouara et le maestro Chérif Kheddam. A vrai dire, je suis une mélomane boulimique : mes goûts vont de la sublime Yasmina à Mohamed Allaoua en passant par Céline Dion et Hélène Segarra.

Quels sont tes projets ?
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Je souhaite vivement produire un album en solo. Toutefois, pour le moment, je suis satisfaite car je fais ce que je veux : je chante. Mon plus grand bonheur, je le ressens sur scène en face du public. C’est ce contact direct qui m’intéresse plus que les studios. Outre la scène, je fais des duos avec d’autres chanteurs. Actuellement, je travaille dans un studio d’enregistrement à Seddouk, en duo avec trois chanteurs.  J’essaie également de m’organiser pour ne pas perdre mes études. La chanson, c’est certes ma passion, mais un chanteur doit être aussi cultivé. Je sais que quand on a de la volonté, de l’ambition, on peut tout faire : chanter, étudier, faire du sport, ...

Comment vois-tu la chanson kabyle contemporaine?
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Autrefois, les paroles avaient une place cruciale dans une chanson. De nos jours, c’est plus la musique qui compte. Pour ma part, je suis pour un travail de groupe. Chacun doit intervenir dans son domaine pour faire une belle chanson et pour que la chanson kabyle aille de l’avant. Cela dit, je demeure convaincue que la voix joue le rôle le plus important. Elle met en valeur la chanson.

Un mot pour conclure.
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Il faudrait peut-être déplorer le fait que ce ne soit encore que quelques femmes qui ont le droit d’être artiste chez nous. Même les hommes n’échappent pas non plus aux tabous anachroniques qui bloquent notre société. A titre d’exemple, il y a un jeune homme qui a sincèrement toutes les qualités d’un grand artiste, mais son père s’est fermement opposé à ce qu’il réalise son rêve de chanteur. C’est bizarroïde : d’une part, ces gens-là considèrent l’homme qui chante comme un efféminé ; d’autre part, ils prohibent à la femme de chanter ! A mon sens, la première victime du patriarcat, c’est …l’homme.    Quant à moi, je dirais que j’ai de la chance d’avoir un père compréhensif qui m’encourage dans tous mes projets. Mes premiers fans sont les membres de ma famille.  Je n’oublie pas de rendre hommage aux pionnières de la chanson kabyle. C’est grâce à elles que nous, les jeunes femmes kabyles d’aujourd’hui, avons le droit de chanter. Enfin, je remercie ma troupe Tina, sans oublier notre journal la Dépêche de Kabylie de m’avoir donné cette occasion de m’exprimer !   

                                                                                              Entretien réalisé par
                                                                                              Karim Kherbouche

Par Damia - Publié dans : Reportage/ Enquête
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Samedi 8 novembre 2008
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