Jeudi 4 septembre 2008

Incontestablement, dans les toutes prochaines années, la chanson d’expression kabyle portant le label « spécial fête » qui fait pratiquement cavalier seul ces dernières années, aura un sérieux concurrent : le rap. Ce mouvement qui a pris naissance dans les ghettos américains ne peut être vu comme un simple genre musical à la mode ; ses acteurs (chanteurs et fans) adoptent un comportement et un mode de vie qui bousculent les habitudes de la région, ce qui les confronte à une campagne de dévaluation que connaissent tous les nouveaux entrants dans un champ déterminé.
De nos jours, la Kabylie compte de nombreux chanteurs et groupes de rap aux appellations on ne peut plus insolites : Index, Sens Interdit, Taifa2, Kamikaz, MC Kabyle,
RAPACE, FUGI, KARIM MTM, PSYCO MOUSSA, YAZDINE, KF, OSM, RDF et la liste est encore trop longue.
A écouter les chansons de ces jeunes artistes, c’est loin d’être de la simple imitation de ce qui se fait par les rappeurs occidentaux. On aimerait bien accompagner cet article de documents sonores afin de mieux apprécier le travail de ces jeunes créateurs qui méritent bien mieux qu’une campagne de dénigrement. 
Toutefois, le rap, comme nous l’avons si bien précisé plus haut, ce n’est pas seulement un genre musical ; c’est un véritable mouvement juvénile, un phénomène de société qu’il faudrait traiter comme tel.     

Une chanson hyper engagée de rap kabyle

Le rêve américain
Il faut dire que les employés municipaux ont du pain sur la planche ; ils repeignent plusieurs fois par années les murs des quartiers à cause principalement des graffitis des jeunes admirateurs de rap. A chaque fois qu’on les efface, on revient à la charge pour en mettre d’autres. Même si dans la plupart des cas, ces graffitis sont de véritables ouvres d’art, le message obscène, violent chers au mouvement underground qu’ils transmettent ne sont pas du goût des autorités et des citoyens.  
Ce mouvement artistique est perçu comme une sorte de liberté retrouvée par les jeunes fans qu’on peut reconnaître à leur tenue vestimentaire branchée, du genre baskets montantes, casquette à visière longue, lunettes noires, tee-shirt ou débardeur d’athlètes, jean large gommé ou bagguet, ne se gênant pas à esquisser en plein rue, quand ça leur chante, des mouvements de breakdance et de smurf aux chants de raggamuffin ou de rap, captivant ainsi le regard étonné des badauds.
Boukhalfa, l’un des breakdancer de la ville d’Akbou, regrette qu’il n’y ait pas de coordination entre chanteurs, danseurs et organisateurs de spectacles afin de mobiliser tous les acteurs pour le bien des admirateurs de rap. 
Même les enfants des écoles primaires n’échappent pas à la frénésie du rap. Les témoignages de nombres d’instituteurs des différentes villes de la wilaya de Béjaia sont tout simplement surprenants. Les fêtes scolaires, du primaire jusqu’au lycée, deviennent de véritables tribunes pour les élèves qui chantent le rap, ce qui forcément déplait aux responsables éducatifs qui préfèrent plutôt des chansons éducatives.
On retrouve les noms de célébrités du rap partout : sur les tables des classes, les cartables, les cahiers… L’identification de ces jeunes passionnés à leurs idoles  est telle qu’ils mettent même sur leurs adresses électroniques ou dans les salons de discussions virtuelles des pseudos de leurs chanteurs préférés.   

Quand les meufs y mettent du sien
Les jeunes filles ne sont pas en reste. Elles aussi forment de joyeuses bandes qui travaillent les mots, le verbe jusqu’à la diatribe qui en dit long sur les joies et les frustrations de jeunes filles urbaines. Le rap leur collent à la peau, de leur façon de se vêtir hip hop jusqu’à leur démarche décontractée. Souvent, elles portent les mêmes vêtements que les garçons, marchent comme eux en se dandinant comme des canards, roulant du torse et des épaules laissant au vestiaire toute féminité. Une façon de se fondre dans le groupe de s’identifier à sa tribu, de crier au monde qu’on est à part et que l’on compte bien se faire respecter dans ce monde qu’on a choisi et dans lequel on se sent bien.
D’autres fois elles gardent la grâce et la féminité mais prennent leurs distances face aux garçons et restent entre filles formant des clans qui se confrontent au féminin excluant définitivement la gent masculine de leurs concours et de leurs jeux verbaux.

Comment le rap est arrivé en Kabylie
«En fait, chanter le rap en kabyle, c’est rendre à la Kabylie ce qui lui a toujours appartenu : la chanson contestataire », nous dit Zineddine du groupe Sens Interdit.  
Pourtant, il y a seulement quelques années, le rap ne représentait, aux yeux de la plupart des mélomanes de Kabylie qu’un boucan insipide. La thématique du village avec ses champs, sa fontaine, ses femmes, ses amours, ses ruelles étroites, sa société, ses interdits, etc., détenait une place de prestige dans la chanson kabyle.
L’exode rural de ces dernières années se fait sentir même dans les sujets qu’abordent les jeunes chanteurs d’aujourd’hui en général et les tout nouveaux rappeurs kabyles en particulier. On constate qu’il y a plus de chanteurs (édités ou non) et de passionnés de rap  dans les villes et bourgs qui se sont développées ces dernières années, tels que Sidi Aich, Ifri Ouzelaguen, El-Kseur, Akbou, Béni Yani, Larabaa Nat Irathen, Tazmalt… que dans les autres grandes villes de la région.
Ces centres urbains constituent un espace d’interface entre le rural et l’urbain. Les rappeurs qui sont le reflet de cette nouvelle donne sociologique abordent crûment et sans tabou aucun des sujets liés à l’amour, à la politique et au quotidien des jeunes des cités. 
Historiquement, on peut situer la naissance du mouvement rap en Kabylie vers le début des années 90. Mais ce n’est qu’au début des années 2000 que ce mouvement y a pris de l’ampleur. Les événements qui ont endeuillé cette région du pays en 2001 ont donné une forme plus nette à ce genre de chanson engagée.  
Par ailleurs, le développement des moyens de communication a permis l’expansion rapide de ce phénomène à travers la Kabylie , à l’instar de beaucoup de régions du pays.  Les jeunes chanteurs qui, dans la plupart des cas, n’ont pas les moyens d’éditer, peuvent mettre en ligne leurs chansons sur Internet et être écoutés des internautes. Une façon de faire une autoévaluation avant de sortir un disque sur le marché.   
L’assassinat de Matoub, ce chanteur engagé dans lequel se reconnaissent les acteurs du rap kabyle, comme nous avons pu le constater sur le terrain, a été aussi un détonateur pour le rap qui est originellement engagé, rebelle et anticonformiste. 
Beaucoup plus subversif, le rap a apporté des modifications fondamentales à la chanson kabylecontestataire. Comparativement à leurs aînés, les rappeurs engagés « appellent un chat un chat », pour reprendre l’expression de Karim MTM (lire son interview).        

« Non, nous ne sommes pas des délinquants ! »
« Le rap, plus que tout autre genre musical, permet de canaliser la violence et l’imaginaire. Je pense qu’exprimer la violence en chanson diminue son expression dans la société. Je le dis en connaissance de cause ! », nous dit Youva, rappeur et étudiant à l’université de Béjaia. Et de poursuivre : « Ce serait une faute grave que de tenter de réduire le rap à la seule expression incitant à la haine, la violence, la toxicomanie, l’abus sexuel, etc. C’est une façon de tourner le dos à cette jeunesse, à ce qui la différencie des autres et à ses aspirations réelles… ».

Il est sans doute vrai qu’en labellisant le rap comme une musique avant tout violente et brutale. L’effet atteint par cette vision réside dans la négation de toute message conscient, élaboré et politique qu’aurait pu véhiculer les rappeurs.

Dans les quelques années à venir, les pouvoirs publics et les politiques de la région tenteraient sûrement de récupérer le rap qui présente plusieurs intérêts dont sa capacité d’atteindre une jeunesse difficilement accessibles par les canaux politiques classiques. Cette jeunesse rongée par le chômage et le mal vivre qui trouvent dans cette chanson, une sorte d’antidote à ses maux.    

 

Ecouter cette vidéo qui en dit long sur la haine que vouent les dirigeants algériens envers la Kabylie et sa jeunesse qui se révolte aujourd'hui à travers, entre autres, la chanson  

Rap kabyle ou rap en kabyle ?
Le rap kabyle se distingue par l’originalité et la spécificité de son verbe, de sa verve et de son langage, qui puisent directement dans le vocabulaire de la rue. Ce sont des mélanges de dialogues hargneux et de poésie qui sont des tranches de vie urbaine, des fables contemporaines récitées sous la forme de chroniques journalistiques qui rendent compte, mieux que quiconque, d’une réalité sociale au goût amer.  
Sur le plan de la forme, l’influence des travaux de Takfarinas et de Rabah MBS se fait clairement sentir. Ces deux chanteurs ont le mérite d’avoir initié le rap dans cette variante de la langue amazighe en lui donnant le goût du terroir.    
Contrairement aux autres chanteurs kabyles, les jeunes rappeurs d’aujourd’hui privilégient le message à la langue. Fini le temps de la langue élaborée et de la poésie, la dichotomie, une réalité sociolinguistique algérienne est exhibée comme une sorte de fierté. On n’hésite pas à chanter en kabyle avec plein d’empreints d’arabe, de français et d’anglais.   
Citons en exemple ces trois expressions tirées au hasard du dernier album d’Index :
1-Jamais ad tsugh l’passé (Jamais je n’oublierai le passé)
2-Profite di ddunit tant que mazal-ik jeune (Profite de la vie tant que tu es jeune)
3-Tout le monde s’en fiche, awi-d kan atsilidh riche (l’essentiel est que vous soyez riche)
Un chanteur de l’ancienne génération aurait dit au lieu des trois expressions citées (sans tenir compte de la rime) :
1-D lmuhal ad tsugh ussan iâaddan.
2-Fares di tudert skud mazal mezzeyyedh.
3-Hedd ur s-tewqiâ, awi-d kan ad tesâodh adrim.  
Ceci dit, certaines chansons de rap sont bien élaborées et nous nous étonnons de constater que des jeunes de moins de 20 ans maîtrise si bien la langue de Mouloud Mammeri.    
En conclusion, en formulant les joies, l’angoisse, le désespoir ou le mal-être, le rap donne  une voix aux jeunes ; leur permettant ainsi de revendiquer, de communiquer sous la forme la plus simple et la plus accessible : un microphone, une platine et quelques disques.

Cliquez ici pour lire l'interview d'un jeune rappeur kabyle Karim MTM

Enquête de Karim KHERBOUCHE
Pour Les Nouvelles Confidences

Par Damia Sekoura - Publié dans : Spécial Rap Algeria
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Vendredi 22 août 2008
Trop belle ! Anissa Mahouache la future Miss France d'origine Kabyle
Par Damia Sekoura - Publié dans : Vidéos clips
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Mardi 29 juillet 2008
Il me semble qu'on a omis d'évoquer sur ce blog un des monuments de la chanson kabyle: Lounis Ait Menguellet. Toutes nos excuses. C'est peut-être à cause du manque d'actualités sur ce poète, philosophe et chanteur depuis la lourde et injuste condamnation de son fils par la justice française. Je comprends bien qu'il ne soit bien en ces moments. NOUS SOMMES AVEC TOI LOUNIS, tu n'es pas seul.
Allez, je vous propose de regarder cette vidéo de ce grand chanteur. La chanson: ccna-yagi d amehbul. Une belle chanson que j'adore. Damia
Par Damia Sekoura - Publié dans : Vidéos clips
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Lundi 21 juillet 2008

Cicéron, le talentueux rhétoricien latin, pour dénoncer la perversité et la corruption des hommes de son temps, s’exclamait : « O temps ! o moeurs ! ».
Cette célèbre exclamation est plus que jamais d’actualité, surtout lorsque l’on évoque l’art et les artistes de notre temps qui, pour la plupart, ne sont animés que par le show-business et la convoitise mercantile.
D’aucuns s’empresseront à dire qu’il s’agit là d’une opinion anachronique et qu’à chaque époque ses hommes, ses mœurs et, partant, ses artistes.
Ou encore : notre époque n’a plus besoin de ces artistes qui se consument toute leur vie pour, croient-ils, éclairer ce qu’ils appellent leur peuple. Loin de prétendre engager un débat, au demeurant philosophique, sur la relation qui existerait entre l’artiste et son temps, il est néanmoins clair comme de l’eau de roche que la qualité des oeuvres artistique actuelles est lamentablement médiocre. L’art n’est plus ce qu’il doit être et ce pour quoi il est né. L’art est profané, piétiné, éclipsé dans le cadre établi de la consommation.
L’art n’est plus rebelle, il est devenu docile et ne perturbe plus jamais les peuples, livrés à l’opium et le bâton, dans leur sommeil.
Disons-le sans ambages : les artisans de notre époque ont peur de l’art, du vrai ; il les menace dans leurs intérêts mesquins et totalitaires !
Les fossoyeurs de la liberté, les tyrans de tous acabits peuvent maintenant dormir tranquille, leur mission est bel et bien achevée : l’art, l’arme redoutable des opprimés, est totalement annihilé.
Bien plus que cela : ils peuvent maintenant le détourner de sa vrai vocation et en faire un moyen pour mettre au pas tout ce qui peut constituer un obstacle à leurs desseins machiavéliques.
Où sont passés ces prestigieux poètes, peintres, musiciens, chanteurs d’antan qui ont accouché des oeuvres éternelles et qui sont morts de faim ou de froid !? Ils ont passés leur vie sans sou ni toit en se sacrifiant corps et âme pour l’art, sachant que leur véritable existence ne dépendait pas de la fin de leur courte vie.
Le monde moderne a apporté à l’art la technologie l’aidant à améliorer la qualité et lui facilitant sa propagation, mais, comble de misère, ce moyen n’est pas utilisé à bon escient et c’est la montagne qui accouche d’une souris !
A mon humble connaissance, cette stérilité artistique de l’homme moderne est due à la non distinction entre l’oeuvre d’art et les autres produits de consommation. L’ordre économique mondial soumet tout ce qui se vend et s’achète à la même règle de la concurrence et de l’accumulation des profits.
C’est ainsi qu’on a corrompu l’artiste, à qui on fait croire que seul l’argent est à même de lui assurer une existence dans cet univers où la compétitivité a atteint ses dimensions paroxystiques.
Dur, dur à un artiste d’émerger actuellement en marge des médias comme cela se faisait dans le passé !
Ces mêmes médias sont encore sous la botte des blaireaux et ne laissent, notamment dans les pays où sévissent encore les dictateurs, passer aucune expression, artistique soit-elle ou autre, qui sort de la « norme ».
Les boucans de tous genres se sont substitués à la belle chanson qui fait penser, rêver, rire, aimer, vivre en un mot.
Le rôle des médias est normalement d’aider les artistes à sortir de l’anonymat, chez nous, on demande à l’artiste d’être célèbre, c’est-à-dire rentable, pour enregistrer ou avoir accès à ces médias qui sont généralement les biens du contribuable !
Sans citer l’escroquerie dont il font l’objet et ce, sans pouvoir bouger le petit doigt. On retrouve par exemple sur les jaquettes des cassettes ou CD des messages publicitaires de la maison d’édition écrits en gros caractères et parfois sur la photo même du chanteur ! Le malheur dans ce monde sans scrupules, c’est lorsque ceci se fait avec le consentement des artistes !
Trop de charlatans dans le monde de la chanson et de l’art en général !
Trop de bruit, trop de musique de cinglés si bien qu’on ne parvient plus à y reconnaître le vrai son de la belle musique !
Cette belle musique existe encore, j’en suis persuadé, mais elle ne trouve pas l’oreille qui saurait l’apprécier à sa juste valeur et, par conséquent, ses artisans finissent toujours par s’éclipser et passer l’arme à gauche.
Alors, s’il vous plait, qu’on se taise pour qu’on puisse écouter de la musique, de la vraie !
                                                                                  Par Karim Kherbouche

Par Damia Sekoura - Publié dans : Chroniques sur l'art
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Lundi 21 juillet 2008

Sabrina, Ryma, Massy et Fatah sont ce que l’on appelle de nos jours des jeunes hyper branchés. Ils sont lycéens à Béjaia, ils ont bien voulu partager avec nous leurs rêves de jeunesse.

Parmi d’autres jeunes filles et garçons que nous avons approchés, nombreux sont qui, comme eux, veulent devenir une star, gagner beaucoup d’argent, conduire de grosses voitures, obtenir des relations prestigieuses à moindre effort.

Le monde des people leur est familier et ils sont très au courant de l’actualité des stars. Ils vous diront tout par exemple de Sophie Marceau, Mars Melissa, Madonna, Mc Solar, Assia, Milot Laetitia, Ilona Mitrecey, Kylie Minogue et bien d’autres stars internationales qui font rêver les jeunes du monde entier. Et à propos des stars de chez nous ? «Bien sûr que nous les admirons et nous sommes naturellement des consommateurs de notre culture locale, c’est le socle même de notre identité mais malheureusement nous ne connaissons pas grand-chose de nos stars vu que chez nous les magazines people se comptent sur les doigts d’une main, les médias nationaux n’accordent pas assez d’importance à l’info des célébrités et, par-dessus tout marché, la plupart de nos artistes nationaux n’aiment pas faire l’étalage de leurs choses personnelles en public, en revanche les people ailleurs on connaît même le nom de leur chat ou de leur chien», dit Fatah.

Outre les stars transnationales, parmi les stars algériennes de la chanson que les jeunes mélomanes que nous avons approchés ont citées comme leurs idoles, on retrouve, entre autres, Takfarinas, Les Abranis, Farid Ferragui, Amour Abdenour, Brahim Tayeb, Hassen Ahres, Lani Rabah, Malika Domrane, Yasmina, Rabah Asma, Ali Amran, Zimu, Cheikh Sidi Bémol, Gnawa, Djamel Laroussi, Souad Massi, Mohamed Allaoua, et j’en passe. Mais, un nom d’un artiste immense est sur toutes les lèvres : le chantre de la chanson kabyle : Lounes Matoub.

Rien n’échappe à ces jeunes, ils connaissent par cœur la biographie de leur artiste préféré, le nombre de CD qu’il a vendus, les textes de ses chansons, ses relations amoureuses et amicales, son comportement vestimentaire, sa dernière coupe de cheveux, le poids de son compte en banque, et j’en passe. Avec le boom des chaînes de télévision, ces fans ont accès à ce type d’informations qu’ils consomment souvent sans modération. En outre, ils n’hésitent pas à surfer sur le web à la recherche de nouvelles sur leurs stars préférées et certains vont jusqu’à créer des blogs et sites web dédiés à leurs idoles pour surtout avoir des contacts avec d’autres fans à travers le monde. L’expérience de quelques-uns, à l’image de Sabrina, paraît fructueuse. «J’ai écrit un email à mon idole, M. Poakora, il m’a répondu, c’était le plus beau jour de ma vie ! Aujourd’hui, grâce à mon blog, beaucoup de fans m’envoient régulièrement des emails et des lettres de par le monde et on s’échange des vidéos, des photos inédites de notre star, c’est génial ! », nous dit-elle tout feu tout flamme.

Il est vrai que devenir une star est le rêve de quasiment tous les jeunes d’aujourd’hui, aux quatre coins du globe. Nous tenterons ici d’apporter une contribution pour comprendre comment les jeunes de chez nous vivent avec ce rêve qui, au risque de le répéter, façonne profondément leur comportement et leur mode de vie.

En effet, la représentation mythique que se font ces jeunes gens de leurs idoles est telle qu’ils s’identifient totalement à elles. Ils s’habillent comme leurs artistes préférés, ils parlent comme eux, ils imitent leurs démarches, ils veulent tout simplement devenir comme eux. «Au fait, on oublie fréquemment que pour devenir quelqu’un il faut d’abord être soi-même », fait remarquer Hamid, enseignant de comptabilité. Il enchaîne : «ces jeunes ressentent une impression d’être meilleur, de voir des choses que les autres ne voient pas si bien que la cour de leur lycée leur parait trop petite, il veulent élargir leurs horizons, ils croient que devenir une célébrité leur permet de réaliser ce vœu ».

Massy, élève en deuxième année secondaire, s’exprimant à la manière des rappeurs et paraissant s’y connaître en musique, nous fait part de son rêve le plus cher : «Je souhaite devenir une star par n'importe quel moyen car je suis convaincu que je suis fait pour ça. Je peux chanter, danser, faire rire ou pleurer. J’adore le rock’n’roll surtout, mais aussi la pop, le rap, le hip hop, la soul, le pop-rock, le blues, le jazz, le hard-rock ou même métal. J’écoute beaucoup de chanteurs nationaux et étrangers. La musique, c’est vital pour moi. Je rêve d’avoir de nombreux fans et sortir du lot». Il ajoute : «Mais avant cela, je dois obtenir mon bac pour faire des études en musique à l’université, de plus, seule une bonne instruction peut me permettre d’aller à la conquête de ce monde magique».

Ryma, sa camarade de classe, réplique en ironisant: «A quoi bon faire des études !? Les plus grandes stars sont de vrais branleurs ! Ils ont cru en leur rêve et ils y sont parvenus, c’est tout». Pour étayer ses dires, elle s’inspire des exemples de célébrités qu’elle connaît visiblement bien. «C’est le rêve qui nous mène à la réalité», soutient-t-elle. Pour Sabrina, la formule est simple : « pour que le public découvre la star qu’on est, il faudrait d’abord qu’on soit une "star" dans sa tête, croire en ses capacités ; les producteurs de télévision, à titre d’exemple, ne voient en vous que l’image que vous vous donnez de vous-même, je crois que c’est seulement ainsi que fonctionnent les choses dans cette univers-là». Cela dit, selon elle, « la contrainte est que, cela n’est pas toujours évident chez nous pour des raisons multiples car nous ne sommes pas encore offert les moyens d’une vraie culture people ou peut-être que cela dérange les gardiens du Temple».

Le sujet semble passionner d’autres jeunes lycéens qui se joignent à nous et chacun tente de mettre un mot dans une discussion qui s’annonce polémique. Nos interlocuteurs reprochent notamment aux responsables à tous les niveaux de ne pas prendre en compte leurs aspirations. "Nous vivons dans un autre monde, ils (les responsables, NDLR) ne nous connaissent pas vraiment et donc ils ne nous comprennent pas. Pour cause, nos villes sont dénudées d’infrastructures devant permettre aux jeunes d’exprimer leur talent, pas d’écoles de chant et de musique, pas d’émissions télévisées consacrées aux futures stars, rien!», se désole Massy avant de lâcher : « au lieu de partir ailleurs pour réaliser mes rêves, je me demande pourquoi dans mon pays on ne peut pas les prendre en charge ». D’après lui : «autrefois, on devient chanteur en grattant les fils de sa mandoline et en chantant tout seul, chez soi, du matin au soir, sans presque aucune aide, aujourd’hui les choses ne fonctionnent plus de cette façon et devenir un chanteur requiert désormais beaucoup de moyens que le jeune artiste seul ne peut pas toujours avoir».

Dans la foulée, Sabrina fixe le ciel d’un regard songeur et dit en soupirant : « ah ! Si seulement j’avais la chance d’être une star !».

Il faut dire que la fièvre des people s’empare pratiquement des jeunes de tous les âges, ce qui d’ailleurs fait dire à cette vieille dame que nous avons rencontrée dans une librairie : « Ah ! Dites à cette bande de gamins et de gamines de faire plutôt des études à la place de rêver pour rien ! Certains d’entre eux rêvent d’être des stars de la chanson alors qu’ils n’ont même pas une belle voix, d’autres veulent devenir des top models alors qu’elles ne mesurent même pas 1 mètre 70 ! Ils perdent leur temps et leur vie à rêver de l’impossible ».

A la question pourquoi ces jeunes veulent, hormis le fait de gagner de l’argent, devenir des artistes célèbres, nous retenons la réponse de Fatah : « j’ai des choses à dire, j’ai envie de les dire parce que je sais qu’il y a des gens qui ont envie de les écouter ».

Enfin, dans tous les cas de figure, bien des artistes ont pu devenir des stars en partant de rien et ces jeunes croient dur comme fer qu’un jour ils y parviendront. Pour eux, rien et personne ne pourra les décourager. Bien que le chemin soit souvent long et difficile, ils pensent qu’en sachant écouter son cœur et en travaillant d’arrache-pied, ils pourront réaliser leur rêve.

Par Karim Kherbouche

Par Damia Sekoura - Publié dans : Reportage/ Enquête
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