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Ali Amrane (1)Ali Amran est considéré comme l’une des valeurs sûres de la nouvelle chanson kabyle. Son dernier album, Akki’ I d Amur, a confirmé tout le bien que l’on pensait de lui. Il a révélé un artiste authentique, original et méticuleux. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, en marge du Festival de la musique et chanson amazighes de Tamanrasset, Ali Amran nous donne sa vision des choses en matière musicale. Il s’explique sur ce style, mélange de rock, de folk et de kabyle, avec lequel il a réussi à s’imposer.

-Le nombreux public de Ali Amran peut-il espérer un nouvel album pour bientôt ?

Oui, on peut dire qu’il y a de nouveaux projets, mais cela reste lointain. Je prépare du nouveau sur lequel je travaille sereinement, mais ce n’est pas pour l’immédiat. Cela viendra peut-être au début de l’année 2012.

-Comment définir le style musical dans lequel évolue Ali Amran ? On peut coller dessus une étiquette ?

Normalement, c’est à vous journalistes de définir, mais enfin moi je fais de la chanson kabyle. Ce qui est typique dans la chanson kabyle, en dehors du texte, bien sûr, c’est sa mélodie. C’est un sens mélodique et une façon de chanter. Il y a également le rythme, ou plutôt son groove. Voilà donc les ingrédients de base que j’essaye de mélanger avec la musique rock, folk, ou plutôt l’esprit rock. Pour vous expliquer schématiquement, quand je fais une chanson, j’ai envie qu’un auditeur kabyle puisse l’écouter et se reconnaître dedans, sans pour autant qu’il soit habitué à l’univers rock, et aussi qu’un auditeur habitué à l’univers rock en général puisse aussi avoir accès à cette chanson même s’il ne comprend pas le kabyle. Voilà un peu ma démarche.

-Contrairement à ce qu’on l’on pourrait penser, ce style semble avoir un public assez large pour ne prendre que le succès de ta musique comme baromètre…

Oui, ça c’est la bonne surprise si l’on veut. Je pense que les auditeurs sont ouverts et qu’ils écoutent un peu de tout. Le problème est de définir si on pale de rock ou de kabyle. Moi je fais du kabyle rock, ou du rock kabyle et non pas du rock en kabyle ; Chris Birkett m’a suggéré d’appeler ça, le Rockabylie !

-Plus qu’une nuance, il y a en effet une sacrée différence entre ces deux concepts…

Oui c’est une sacrée différence et je pense que c’est ça qui fait que les gens s’identifient à ma musique. Il y des vieux qui peuvent écouter et retrouver ce fonds culturel qui est le leur. Après, cela peut évoluer dans le futur, je ne sais pas, mais sans cela ce serait juste du doublage. Une chanson c’est trois ou quatre minutes. Ça passe vite. Ou elle t’accroche ou elle ne t’accroche pas. Il faut y mettre du feeling, de l’émotion, de la sensibilité. Le cafouillage musical de ces dernières années a fait que la chanson d’ambiance s’est imposée.

-Le temps est peut-être venu de revenir à des choses un peu plus profondes, à de la recherche…

Ce débat de fond touche également la thématique développée dans la chanson kabyle qui s’est enfermée pendant quelques années dans un carcan protestataire surpolitisé. On voit que les artistes reviennent peu à peu à des thèmes un peu plus classiques ou universels…
C’est une question importante et là, nous avons un grand débat sur la thématique. Bon, il y a la chanson folklorique, festive ou d’ambiance, qui est là, qui sera toujours là, mais cela ne pose pas de problèmes… Les thématiques abordées par ce style sont bien connues, mais, globalement, quand on aborde la thématique de la chanson kabyle, on peut y voir deux ou trois périodes principales, en plus de la chanson d’amour, bien sûr. La première est la chanson de l’émigration à travers El Hasnaoui ou Slimane Azem, puis avec la guerre d’indépendance, on est passés à la thématique nationaliste, même si elle n’a pas été dominante.

Après, on a connu la période de la contestation et de la revendication culturelle avec le renouvellement de la chanson moderne. Ensuite, fin des années 70, début 80, on est passés à la contestation politique si on peut l’appeler comme ça. Mais avec l’ouverture politique, le cadre d’expression s’est élargi aux cercles qui devaient logiquement prendre en charge ces revendications politiques. Puis après ça, il y a eu un flottement. On ne pouvait plus faire de la chanson contestataire comme cela se faisait, étant donné que le contexte avait changé. Depuis la fin des années 90, il commence à y avoir une expression différente dans la chanson kabyle avec de la recherche…

-Et un renouvellement de la thématique…

Oui, ou du moins de l’approche. Voilà, moi, je me situe là avec plein d’artistes de ma génération. Donc, cela commence un peu à changer. Maintenant, il nous faut trouver de nouvelles manières d’aborder les choses.

-Question un peu classique : quelles sont les influences de Ali Amran ?

Généralement, les influences on ne les identifie même pas. Elles sont pratiquement inconscientes. Tout ce qu’on écoute nous influence d’une certaine manière. Bon, nous avons certains repères. J’ai été élevé dans la chanson kabyle, c’est clair. Après, il y eut l’influence de la musique occidentale, notamment anglo-saxonne.

-Tout le monde a noté un changement qualitatif dans ton dernier album Akk’ i d Amur. Est ce qu’on peut expliquer cela par ta collaboration avec ton producteur Chris Birkett, ton producteur ?  Qu’est ce qu’il t’a apporté au juste Chris Birkett ?

Oui, la production, au sens de réalisation, enregistrement, sur ce plan, son apport est indéniable. Il a bossé avec de grosses pointures et il a sa touche personnelle. Ce que je fais moi sur le plan artistique j’essaye de mélanger un peu la chanson kabyle et le style anglo-saxon, mais jusqu’à Khali Slimane, je l’ai fait seul, avec des musiciens de même extraction culturelle que moi. C’est donc une approche différente étant donné que l’on approche la musique anglo-saxonne de l’extérieur. Mais il se trouve que Chris Birkett est issu de cette culture. Donc, il apporte cette culture comme moi j’apporte la culture musicale kabyle. Il y a une alchimie, un mélange, une interaction qui font que cela devient intéressant, différent. 

-Cette collaboration va-t-elle se renouveler pour le prochain album ?

Je pense. En tout cas, je l’espère. On a fait du bon boulot, donc ce serait bénéfique de renouveler l’expérience. Ce serait bien de continuer pour faire avancer les choses.

-Un mot sur ce festival de la musique et chanson amazighes ?

Le festival en lui-même est une très bonne chose. Ce n’est pas tous les jours que l’on a l’occasion de jouer à Tamanrasset. Donc, c’est très bien. Mais sur le plan organisationnel, cela reste très perfectible… On a l’impression que l’important est que l’événement ait lieu, c’est tout.  Moi, ce qui m’intéresse, en tant qu’artiste, ce n’est pas simplement de faire un passage, mais de jouer dans de bonnes conditions, avec un bon son. Le son est important !
C’est ce qui transmet notre travail artistique. Un festival ne peut pas réussir sans un bon son, et là-dessus, force est de constater que la sonorisation a été en-dessous de la moyenne. Il faut des moyens techniques et humains. Il faut impliquer des gens qui sont compétents et qui vont faire du bon boulot. Certes, les festivals sont nouveaux chez nous, ce qui peut expliquer certaines lacunes. J’espère que les choses s’amélioreront chemin faisant.                                    

Djamel Alilat, El Watan
Tag(s) : #Interviews
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