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Tadukli, le Kabyle Magazine

Magazine artistique, politique et culturel de la Kabylie. Cet espace prône le dialogue entre les peuples et les cultures. Il est ouvert aux autres cultures du monde.

Le Mariage chez nos frères Chaouis dans les Aures

Publié le 31 Octobre 2010 par Karim Kherbouche in Reportage- Enquête

tambourins-chaouis.jpgEn général, l’Auréssienne se marie très jeune, à l’instar de la femme kabyle et contrairement à la jeune targuie. La précocité des mariages dans le massif s’expliquepar la dureté de la vie dans ce milieu orographique très dur.

Quand l’Auréssienne est très jeune, en principe, c’est le grand-père, le patriarche, quand il est présent, qui accorde sa main. Au cas où les familles qui s’unissent sont de factions différentes, la jeune mariée passe de celle de son père à celle de son mari.
Les fiançailles qui, dans la charia, n’imposent aucune contrainte de droit, ont une certaine interprétation dans les traditions et coutumes auréssiennes, sans pour autant être pareilles à l’acte de fiançailles dans la Kabylie profonde. Dans les Aurès, les fiançailles n’ont pas de durée précise ; elles peuvent être de plusieurs années (particulièrement dans le cas où la famille promet sa fille à la naissance, ce qui arrive souvent) ou de quelques semaines.

femme-chaouie.jpgLa jeune Auréssienne peut-elle être obligée au mariage ? En effet, il y a quelques décennies, et jusqu’à l’heure actuelle, dans les Aurès profonds, la réponse ne faisait aucun doute. La tradition de contrainte (sighel) par la force a existé dans tout le massif et existe encore ; elle appartenait au grand-père ou au père. Chez les Bénibousliman et les Ouled Daoud (tribu des Touabas), l’homme pouvait disposer de sa fille.

L’autorité familiale (grand-père ou père) en fait de contrainte dans le mariage de la jeune Auréssienne, s’imposait, plus ou moins, de façon impérative d’une tribu à une autre : chez les Bénibousliman, elle était – et elle est – plus rigoureuse que partout ailleurs ; chez les Ouled Abdi, on est plus arrangeant, on pouvait toujours trouver une formule pour préserver l’autorité familiale. Lorsqu’une famille s’opposait à un mariage – ce qui arrivait, mais moins souvent que l’ont prétendu certains auteurs et ethnologues (généralement des officiers de l’armée française de la triste période de la conquête) –, l’homme enlevait la jeune fille qu’il avait décidé d’épouser. Il la conduisait dans sa famille qui, alors, engageait une véritable négociation avec celle de la future épouse. Une entente se faisait généralement, grâce à l’intervention de l’assemblée de la dechra (la djemaâ) pour éviter les affrontements au sein de la communauté.

Le jeune Auréssien qui enlevait une jeune fille devait lui mettre un burnous, lui faire traverser la dechra et la faire rentrer chez lui, dans la maison paternelle, ainsi vêtue. L’acte qu’il faisait l’engageait irrévocablement et liait de la sorte les deux familles, qui se devaient de faire appel à l’intervention immédiate de la djemaâ. La famille qui ne respectait pas cette tradition séculaire, serait pour le moins déconsidérée et perdrait ainsi toute son influence, et plus grave encore, tout son prestige. Dans le massif, la dot de la mariée (tilamites) donnée par le mari à sa future épouse, est un principe obligatoire ; elle peut être exceptionnellement en nature (palmiers, bétail, bijoux…) ou en espèces. La dot traditionnelle changeait d’une tribu à une autre. Lorsqu’elle était donnée en espèces, les deux familles pouvaient s’entendre, par exemple, pour que la moitié soit versée immédiatement devant la djemaâ et le reste à une date convenue, ou par versements échelonnés sur plusieurs échéances. Quand la dot comprenait des bijoux, la future épouse en prenait possession immédiatement, à quelque tribu qu’elle appartienne. Les espèces ou autres biens étaient remis à la famille, chargée de les gérer jusqu’à ce qu’elle soit en mesure de le faire elle-même.

 

La mariée pouvait également charger sa mère – et uniquement elle – de veiller sur ses intérêts.
Le mariage pouvait être enregistré chez le cadi, ou le plus souvent en présence de la djemaâ.

C’est dire l’importance de cette institution pendant la triste période coloniale.
La djemaâ doublait l’administration dans tous les domaines.

C’est alors que la promise est conduite chez son futur époux pour la célébration et la consommation du mariage. Cette cérémonie se déroule toujours dans la demeure du mari. Dans les familles aisées, la fête donnée à l’occasion d’un mariage est la cérémonie la plus importante, la plus belle démonstration de joie et d’allégresse en l’honneur de la femme dans tout le massif auréssien. La famille de la future épouse se charge de la réalisation du trousseau de la mariée. La totalité des frais incombent à la famille de l’époux, ainsi que l’achat des bijoux prévus dans l’engagement devant l’omnipotente djemaâ. C’est également dans la famille du mari, en présence de tous les parents et amis, que se déroule la cérémonie. Le jour du mariage, les parents du mari viennent prendre la fiancée de chez ses parents. Un cortège d’amis se joint à eux ; une femme d’âge mûr, désignée par le père du futur époux, porte sur son bras droit le trousseau de la mariée. Un homme de la famille du mari tient par la bride un mulet sur lequel la jeune épouse prendra place. La bête est richement harnachée ; un sakhoû bourré de paille, solidement fixé sur son dos, disparaît sous un beau tapis de laine dont les bords sont enroulés de sorte à former un berceau, le missâm ; les côtés et le fond de ce dernier sont recouverts de robes de soie aux teintes multicolores.

 

Le départ du cortège est salué par des coups de fusil. C’est un spectacle haut en couleur, de voir, d’admirer toute cette foule joyeuse, en liesse communier dans le même enthousiasme. Les femmes de la famille du mari pénètrent seules, en chantant, dans la maison de la fiancée, alors qu’au dehors, les youyous, la musique, les danses, les détonations des fusils continuent ; parentes et amies s’empressent autour de la future épouse.

C’est ainsi qu’elle quittera la demeure familiale.

Chez les Ouled Abdi, il était de tradition de couvrir la mariée du burnous paternel pour la protéger des regards. Chez les Touabas et les Bénibousliman, on étendait à ses pieds le burnous paternel.

Dès que la future épouse sort de la maison, une femme âgée, sa mère ou sa grand-mère, installée sur la terrasse de la demeure familiale, bombarde le cortège de dattes pour que “l’union soit heureuse et surtout féconde”.

 

 

A Tkout, chez les Bénibousliman, on avait coutume de faire halte sur la place principale de la dechra ; la jeune mariée jetait derrière elle un plat de dattes que ramassaient joyeusement les enfants. A l’arrivée, devant la maison de son futur époux, la jeune promise est transportée dans la demeure conjugale, cette fois couverte du burnous du grand-père ou du père du futur époux.

C’est alors que les réjouissances commencent. Les invités se groupent dans la cour et aux abords immédiats de la maison ; des jeunes femmes richement habillées, assises à même le sol, sur des nattes, causent et poussent des asliloû joyeux, d’autres dansent et chantent entre elles, tandis que les vieilles femmes, groupées dans une pièce, au milieu de cette liesse générale, préparent laborieusement le festin.   

Chenouf Ahmed Boudi

                in Dziriya

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