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meksaQuel souvenir gardez-vous de Meksa Abdelkader, en tant que père et chanteur ?

J’avais huit ans quand mon père est décédé. Je garde de lui le souvenir impérissable d’un papa-poule, très généreux et bon vivant… Durant sa courte vie, il avait deux passions : celle de la famille et celle de son travail d’artiste engagé. Il était très attaché à ses racines kabyles, et à tout ce qui a trait à la civilisation berbère.

 

Quel rapport avez-vous avec le village Mira et la famille ?

J’ai été plusieurs fois au village de mon père. Et à chaque fois j’ai été blessée par l’état de délabrement de sa tombe. Lui qui, de son vivant, aimait d’un amour profond sa famille, ils ne le lui ont pas rendu après sa mort. Qu’est-ce que ça coûterait de construire une tombe ? Mon père mérite une sépulture digne de sa mémoire… Les lamentations, à chaque anniversaire de sa mort, par ses proches, est pour moi la plus lamentable des hypocrisies humaines.

 

Qu’en est-il de son patrimoine artistique, de ses droits d’auteur ?

J’ai entamé des actions juridiques pour que le combat de sa vie ne parte pas en fumée. J’ai fait ça donc par principe, car je n’ai pas de fortune à récupérer. Les œuvres de Méksa étaient exploitées par n’importe qui, et ses droits d’auteurs étaient inexistants. Après quatre ans de lutte j’ai atteint mon but : revaloriser le travail de mon père pour lequel il avait sacrifié toute son énergie et son intelligence.

 

Est-il vrai que Meksa est décédé suite à un accident de voiture ?

Pas du tout. Les gens qui spéculent sur les circonstances de sa mort, ce sont justement ceux pour qui cette mort indiffère. Mon père est mort d’une bavure policière.

Ce jour fatidique du 30 octobre 1988, après son travail, mon père est passé boire un coup dans un bar. Ayant voulu passer un coup de fil, il descendit au sous-sol où se trouvait l’appareil téléphonique. Mais il trébucha dans les escaliers et tomba. En le découvrant ainsi, le patron du bar appela la police qui est venue le récupérer. On le mit dans une cellule de dégrisement sans examen médical préalable. C’est quand ils ont vu qu’il ne bougeait plus depuis un bon moment que les policier ont décidé de le transporter dans un hôpital. Le rapport de l’hôpital que j’ai pu récupérer stipule que mon père était dans un état éthylique. Et le rapport du médecin légiste affirme que mon père avait reçu un coup (sans doute de matraque) à la tempe…

 

Avez-vous entamé une démarche pour faire la lumière sur ces circonstances douloureuses ?

Oui, bien sûr… Cela fait quelques mois que je demande le dossier de mon père au niveau des archives du tribunal de Paris. La personne que j’ai eue au téléphone m’a conseillé de la rappeler dans quelque temps, car le dossier n’était pas « à portée de main ». Mais quand j’ai rappelé, c’est une autre personne qui m’a répondu, me disant que mon premier interlocuteur était parti à la retraite. Quand au dossier de mon père, elle me dit qu’il n’existait pas… Comment et pourquoi a-t-il disparu, ce dossier ? Je le saurai un jour ou l’autre, car j’irai jusqu’au bout de la vérité.  

Ahcène Bélarbi

Source: kabyle.com

Tag(s) : #Actualité
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