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Le mythique groupe de blues touareg, Tinariwen, n’est plus à présenter dans le monde de la diaspora amazighe. Ils sont aujourd’hui des centaines de milliers de mélomanes, en Algérie et dans le monde entier, à télécharger leurs chansons sur le net et leurs titres passent en boucle sur les radios et TV d’expression berbère. Leur engagement au côté de la communauté touarègue dont ils sont issus est tel que lors de leurs fréquentes tournées internationales, ils sont souvent accompagnés de M. Issa Dicko, créateur du célèbre Festival au Désert, qui donne des conférences sur la culture touareg et l’écriture tifinaghe. Mais il n’y a pas que cela. Outre leurs belles chansons émanant du fin fond du désert malien, les membres de cette formation musicale, fondée en 1982 lors d’un festival à Alger par Ibrahim Ag Alhahib dit Abraybone et d’autres chanteurs touaregs, ont une histoire et pas n’importe laquelle.

En effet, avant d’être connus sur la scène musicale, les éléments de ce groupe, originaires de Tessalit, au Mali, ont participé activement dans les révoltes opposant les populations touarègues au pouvoir au Mali afin de combattre l’ostracisme et la politique d’assimilation dont ils sont victimes. A ce propos, Francis Dordor, journaliste musical, ancien rédacteur en chef de Best, chroniqueur musical à Libération et aujourd'hui aux Inrockuptibles, écrivait dans Biographie de Tinariwen : "L’image la plus saisissante devant contribuer à forger la légende de ce groupe, vraiment à part, reste celle de Keddu Ag Hossad, partant à l’assaut du poste militaire malien de Menaka, près de la frontière nigérienne, une kalachnikov à la main, une guitare électrique dans le dos. Cette offensive du 30 Juin 1990 sera l’amorce de la seconde rébellion touarègue qui durera 3 ans et fera des milliers de victimes".  

Quelques temps plus tard, Tinariwen, nom qui signifie en tamazight les déserts, ont opté pour le dépôt des armes, il y a une dizaine d’années, et continuer leur combat avec leurs armes favorites : les guitares électriques. En 2000, leur opus The Radio Tisdas Sessions, sort sur le marché. Il sera suivi, en 2004, de Amassakoul qui rencontre un succès époustouflant dans le monde entier. En 2007, ils reviennent avec Aman Iman. Sur un plan purement musical, le travail de Tinariwen est unique en son genre. Ils ont réussi avec brio à mettre la musique touarègue au diapason de la modernité tout en préservant son originalité. Le résultat : un mélange subtil de blues du désert, de rock’n’roll version touareg, de tindi, de gnawi et de soul berbère... Leur message est celui de l’espoir, d’union et d’exhortation à se battre pour les droits des peuples « sans défense » et pour préserver leurs cultures et identités, à l’heure où celles-ci sont perpétuellement menacées de disparition.

Dans le livret qui accompagne le CD de Tinariwen, le journaliste Andy Morgan écrit : "Les jeunes touaregs qui ont fuit la misère de leur pays pour trouver refuge ailleurs, choisirent la guitare électrique parce que sa puissance sonore portait leur message beaucoup plus loin et que ses plaintes parlaient avec éloquence de leur peine. Elle exprimait aussi leur frustration avec leur propre peuple qui languissait dans un sommeil sans âge tandis que le monde s’écroulait tout autour d’eux. Tinariwen, de Kidal, furent les premiers instigateurs de cette révolution de la guitare. Vingt ans après, leur message continue à s’amplifier ; on l’entend de plus en plus loin de leur désert natal."

Par ailleurs, la figure emblématique de cette formation est sans doute le charismatique Ibrahim Ag Alhahib. L’homme à la chevelure à la Bob Marley a passé une grande partie de sa vie en Algérie. Né en 1960, à l’âge de 4 ans, suite à l’exécution de son père par l’armée malienne, accusé d'être en contact avec la rébellion touarègue, il fuit en Algérie avec sa grand-mère. Il y exerce différents métiers tels que couturier, menuisier, maçon mais ses temps libres il les consacrait à sa passion favorite : la guitare. Outre les chansons du terroir,  Abraybone était influencé par les grands chanteurs de l’époque, à l’image d’Elvis Presley, Bob Marley, James Brown, Les Beatles, etc. Il ne tarde pas à fonder une troupe mixte, Taghref Tinariwen, au début des années 80. Il sera rejoint ensuite par le talentueux chanteur compositeur Alhousseini ag Abdoulahi, dit Catastrophe qui découvre ce groupe pour la première fois à Tamanrasset où vit sa grande sœur.    

A la fin des années 80, Abraybone part en Libye où il reste quelques temps avant de rentrer au Mali où ses chansons faisaient déjà un carton. Il a été reçu en héros dans sa communauté touarègue.            

Enfin, le 15 novembre prochain, Tinariwen seront à Lyon, en France, où ils se produiront au Transbordeur. Un rendez-vous qu’attendent leurs fans dans l’Hexagone avec impatience.

Karim Kherbouche

                                                   Abraybone, le leader de Tinariwen

Tag(s) : #Potrait
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